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Nouvelles et essais, par Julius Nicoladec |
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Bénédicte Notteghem
Atelier 38Membre du « Groupe » de Nevers (Groupe d’émulation artistique du Nivernais, regroupant une centaine d’artistes), Bénédicte Notteghem est une artiste autodidacte. Née dans une famille de peintres amateurs, elle a côtoyé la peinture dès son enfance. Elle a, selon son expression, grandi dans la couleur et les pinceaux, la peinture étant vécue comme un langage, un mode de relation naturelle au réel et finalement un espace de liberté. Ayant d’abord peint pour son plaisir personnel, elle expose maintenant depuis une quinzaine d’années. Elle a créé et animé l’Atelier 38, atelier associatif d’expression artistique à Nevers, où elle a organisé des séances de peinture pour enfants et adultes. Son atelier, d’abord à Nevers, puis à Prémery, est actuellement implanté à La-Charité-sur-Loire. Elle a participé au Collectif Morvan Artistique, a pris part aux portes ouvertes des ateliers d'artistes en Nièvre en 2024 et 2025 et a exposé principalement dans la Nièvre, comme lors de la manifestation "Les peintres du mois" à Nevers en 2011, à Prémery en juillet 2026, mais également en dehors, comme à l’Espace Art Gallery à Bruxelles et à la librairie internationale à Lille en 2020. La présence par le vide, laisser le silence faire son travailDire n’est pas nécessairement la meilleure approche de ce qui est. Sa démarche relève d’abord d’un effort d’exploration des objets picturaux que sont la couleur, la matière, les atmosphères. Tenant à la fois de l’expression abstraite et d’une amorce figurative par suggestion d’objets naturels, reliefs, végétations, silhouettes, paysages, ciels, ses tableaux – variations en acrylique et en huile de contrastes et d’harmonies chromatiques - ne cherchent pas à décrire des lieux précis, mais plutôt à suggérer des espaces intérieurs. Lumières et rapport au vide en sont des constituants essentiels. Ils présentent des brumes, des fondus, des transitions à la fois délicates et prégnantes. Le vide n’est pas simplement absence, il est profondeur et disponibilité, condition de l’intensité de toute présence. La Nièvre est dans cette perspective un cadre favorable, avec ses forêts, ses ciels, ses brumes, ses horizons. Elle se dit par ailleurs inspirée par des sources chinoises, Zao Wou-Ki, peintre et graveur, qui considère l’abstraction dans sa puissance évocatrice, ainsi que la « voie excentrique » chinoise, qui considère la saisie de l’énergie de l’espace plus décisive que la représentation fidèle d’un motif. La beauté du mondeFascinée par la beauté et la profusion du monde, en contrepoint de la transcendance des ciels et du vide cosmique, du bout de son pinceau, elle cherche notamment à saisir l’espace, tout en ayant conscience qu’aucune œuvre artistique ne pourra égaler la splendeur de l’exubérance naturelle. Cette beauté se manifeste bien plus dans les nuances et dans les transitions que dans les objets clairement identifiés. Elle souscrit à la définition de la beauté que donne François Cheng, écrivain et poète français d’origine chinoise : Chaque expérience de beauté, si brève dans le temps, tout en transcendant le temps, nous restitue chaque fois la fraîcheur du matin du monde. (Cinq méditations sur la beauté). Mais elle revendique également des influences occidentales, citant notamment celle de Turner, notamment réputé pour ses ciels et ses lumières, pour l’innocence de l’œil, qui perçoit des couleurs plutôt que des formes définies, et celle de Van Gogh, par l’intensité dynamique et vigoureuse de ses formes et de ses couleurs. KrishnamurtiIl arrive que des œuvres artistiques entrent en résonance avec la réflexion d’un penseur. Bénédicte se sent ainsi une sensibilité commune, une certaine solidarité avec la pensée de Juddi Krishnamurti (1895-1986). Celui-ci est un penseur indien qui connut une renommée internationale (et dut d’ailleurs se démarquer des inconvénients de cette renommée). Il met l’accent sur la conscience individuelle, la nécessité de la connaissance de soi, la tentative de retrouver une certaine liberté intérieure et, pour cela, un effort de compréhension de l’influence dirimante des divers conditionnements extérieurs, et qui implique une certaine méfiance, disons une certaine prudence, vis-à-vis de ce à quoi peut nous amener la pensée seule. Elle cite Krishnamurti, lors d'une conférence à la Sorbonne en 1950 : « L'art doit aider l'homme en le libérant de son conditionnement, ce dernier limite la sensibilité et la perception ». Il y a en conséquence une apologie de la simplicité, qui paradoxalement n’est pas une simple idée. « Pour être simple, il faut beaucoup d’intelligence et de sensibilité… » (Le Livre de la Méditation et de la Vie). Continuité d’une recherche et invitation à la prudence cognitiveLa toile devient un lieu de passage. Plus qu’une collection de tableaux séparés, l’œuvre de Bénédicte Notteghem est à considérer comme la continuité d’une recherche questionnant la couleur, la lumière, l’espace, la plénitude du vide, la beauté du monde. Ses œuvres n’imposent rien au spectateur, elles sont une invitation à admettre qu’on ne peut tout reconnaître, et qu’il n’y a pas à tout nommer. Ce faisant, elles le mettent en position d’être cocréateur de ce qu’il contemple. Cette tension entre contrôle et abandon se retrouve dans l’expérience du spectateur. Refusant, dans la lignée de Krishnamurti, l’imposition d’images explicites, de discours directs, sa peinture propose, à l’opposé, un espace permettant l’écoute, le silence, le retour sur son intériorité. Proposer de négliger les repères habituels pour s’abandonner au rythme plus lent et plus profond de la contemplation. Pour en (sa)voir plus
* Le site de l’artiste : benedictenotteghem.com |
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